Note : Aux lecteurs-éclair; l'autre post est ben plus intéressant ;-).
Note 2 : Yéééééé!!!! Mon commentaire fleuve est affiché!Tous les commentaires poches ici :http://www.radio-canada.ca/radio/christiane/combat2007/livre_vamp.shtml
Salut!
Curieux de voir réunis ici Monsieur Bizz, Madame Marois et Monsieur Dany Leclair (voir les commentaires); curieux; le premier lui ayant demandé où étaient les salles de bain au Marathon d'écriture; la seconde l'ayant félicitée pour son beau discour à la remise des diplômes de Valleyfield; le dernier m'ayant fait découvrir Mistral au Cégep (de Valleyfield).
Curieux, donc, comme situation.
Curieux d'autant plus que vous, Monsieur Bizz, avez abordé la question du mythe. C'est un sujet intéressant; ça fait longtemps que j'essayais de mettre un doigt sur les mythèmes dominants du mythe de Mistral; vous m'avez éclairé, merci.
Curieux d'autant plus que cette semaine je croisais dans le métro une sorte de bump, l'air cultivé, culotte d'armé; sorte d'illettré sympathique qu'on aurait pu voir quêtant le trente sous sortie Berri-UQAM. Lisait Sylvia; me disait que c'était son premier, que c'était bien; lui ai demandé ce que c'était que cette histoire de lire Mistral; m'a raconté qu'il aimait "la défonce Bukowskienne"; voyez?
C'est intéressant parce que, voyez, j'aurais pas eu cette réponse; ai lu Vamp, au Cégep, donc, après que Dany me l'ait présenté; pendant un assez quelconque cours sur Nelly Arcan, je crois; Nelly que j'aimais bien et en qui je repérais une sorte de double intellectuel, critique, littéraire; ai pas aimé Vamp, mais c'est pas là le topo.
Le topo, voyez, et ce qui est intéressant; c'est que Vamp m'est resté marqué pour d'autres raisons; ai aimé la narration, pour sûr; à preuve que je la reprenne; m'a tapé sur les nerfs, cependant, pour (ce que tout le monde sait) le côté verbeux et les mots inventés.
Ai découvert par là la notion de mouvement dans l'écriture; i.e. que ce n'était pas nécessaire d'avoir un sens; tant qu'il y avait les mots pour le faire, le sens; par pour le renvoyer à. C'est dire que l'écriture est un mouvement, sans évacuer tout à fait le référent, sans le considérer tout à fait; c'est intéressant.
Cela dit, donc, Mistral m'aura marqué pour les images fortes de son roman; les gens exposés dans le métro (initiation à l'art postmoderne); le hasch sur le toit (initiation au hasch); Montréal (initiation à l'urbanité); c'était pas mal.
Me souviens lui avoir dit, en conférence, que ça m'avait complètement tapé sur les nerfs, que c'était pas à jour, que je m'y reconnaissais pas; m'a dit que c'était probablement un roman qui vieillissait mal; et un mauvais roman (mais un bon livre); je crois, quelque chose comme ça. A raison, un objet littéraire; qui vieillit mal; mais qui pose des questions.
C'est l'intérêt, voyez, parce qu'à travers ces images; il y avait toute la question de cette révolte bukowskienne dont parlait ce type dans le métro. Avais-je l'intention de me défoncer? Avais-je l'intention d'aller à Montréal? Avais-je l'intention de m'enfoncer dans ce mythème (on jase là)? Non non et non; avais pas l'intention.
Et l'histoire l'aura prouvé, d'ailleurs. Fait à peine une session et demi que je passe à l'UQAM; me défonce pas outre-mesure; fais des travaux qui défoncent; suis pas le chemin de Mistral, malgré qu'on soit amis; m'aura fait me poser la question à l'avance, m'aura présenté les dangers; lui aurai répliqué, direct, continue à le faire; i le respecte très bien et i m'encourage.
C'est un type sympa ce Mistral; un type brillant. Son roman c'est un roman de la connaissance; il expose les problèmes de la vie en ville, en montre les dangers et, ultérieurement, propose des solutions; c'est intéressant. À travers son mythe, il expose les contradictions inhérentes à tout problème; il crée l'ironie nécessaire à toute distance nécessaire à toute connaissance; c'est sympa, c'est quelque chose, c'est un excellent roman de la connaissance.
Bon de là à dire roman par exemple; c'est vrai qu'il faut nuancer. C'est pas nécessairement un bon roman; la trame diégétique floue, le style qui tape sur les nerfs; un livre plutôt qu'un roman; voir un objet littéraire. Un bon objet littéraire, efficace quoiqu'on en dise; qu'on vienne pas me dire qu'il tape sur les nerfs! Pour sûr mais l'intérêt réside dans une lecture de l'immersion; dans l'immersion dans l'univers dans l'univers comme approche du réel; dans l'approche du réel comme dans l'approche de la connaissance. C'est un roman super; à tout le moins un roman sympa. Même si c'est pas un roman et même s'il est pas sympa.
Je pense que ça fait le tour de la question; la forme, le fond, le sens évacué au profit du mouvement; le mouvement comme créateur de sens. Le roman de la connaissance, le questionnement, les jeunes, la drogue; questionner les jeunes par rapport à la drogue par rapport à la littérature et leur proposer la littérature comme drogue; proposer au raté sympathique un livre de défonce qui défonce mais qui fait pas que ça et qui enseigne et qui force à créer/donner du sens; c'est intéressant c'est dire que la lecture peut se connecter au réel et se déconnecter du littéraire pour se reconnecter dans la réalité, lui proposer une transformation et la transformer; qu'on le veuille ou non, sur des questions auxquelles on voudrait penser ou non; avec des solutions qui sont peut-être pas celles qu'on voudrait mais qui sont valables et qui sont là et qui posent des questions.
Au final ça m'apparaît d'autant plus intéressant parce que, voyez, hier il y avait une discussion sur le blogue à Dompierre; discussion à savoir s'il y avait une littérature de la connaissance et une littérature du plaisir. On en est venus à la conclusion que si il y avait une; qu'elle s'opposait à une littérature éthique, esthétisante; c'est donc dire qu'à la différence des autres Vamp semble proposer une réflexion autrement plus, heu, utile, disons-le, que les autres.
Mais j'avoue ne pas avoir lu le Yann Martel, ni les autres, d'ailleurs; mais j'ai toujours une petite gêne face à la littérature esthétisante; j'ai souvent l'impression qu'elle mène plus à aimer les mamans qu'à leur prouver qu'elles n'ont pas raison; que la littérature gagnerait à être plus critique, à être placée au coeur du discours social, à placer l'intellectuel au coeur de la question médiatique; à amener des idées, les développer, les transférer dans la sphère du politique; mais j'aime Hermann Broch, je doute que ce soit au goût du jour; je doute qu'on aime vraiment le lire encore aujourd'hui; je doute comprendre qu'on légitime le travail d'une Marie Laberge (littérature esthétisante), d'un Mathias Lefébure (littérature du Plateau), d'un Yann Martel (littérature), d'un Mistral (littérature de jeunes).
Allez, salut.
Xx